
YOSHIHARA YOSHINDO
Yoshindo Yoshihara né en 1943 est un forgeron japonais basé à Tokyo. Issu d'une lignée ininterrompue de forgerons japonais depuis la période Edo (1600-1868). Sa famille fabrique des sabres depuis dix générations. Après la 2ème guerre mondiale, la fabrication de sabre avait été interdite et elle redeviendra légale lorsqu’il atteindra ses 10 ans. C’est l’âge où avec son grand-père Kuniie Yoshihara, il commence son apprentissage. Yoshindo obtient sa licence de forgeron en 1965 et forge son premier sabre à l’âge de 20 ans.
La conception de ses sabres comme tous les grands forgerons japonais, sont obtenus à partir d’un acier particulier, c’est le « Tamahagane », conçu à Okuizumo (Comté de Shimane) chaque hiver. Le Tamahagane est issu de la fraction de qualité supérieure de la loupe métallique provenant du « Tatara », le bas fourneau traditionnel japonais. Cet acier est produit à partir de charbon et d’un sable ferrugineux le « Safetsu » qui est le produit de l'érosion de couches naturelles mélangées avec d'autres sédiments. On le trouve principalement en bord de mer, dans les marais et au fond ou près des cours d'eau. Pour obtenir cet acier la température est montée à 1400 degrés et maintenue pendant trois jours et trois nuits sans interruption. Ce processus est nommé le « « Tatarabuki ».
Photo : Le Tamahagane


Jusqu’en 1970, Yoshindo produit des sabres principalement dans la tradition Sōshū-den, l’une des cinq traditions de forge japonaise, qui désigne tous les sabres forgés pendant la fin de l’ère Heian (794-1185) jusqu'au début de l’ère Momoyama (1573 à 1603).
A 24 ans, il participe à son premier concours national où il obtient seulement un prix de consolation. Pour lui c’est un échec. Il reconnaît que bien que ses lames soient de qualité, il rencontre des difficultés avec le « Hamon » (Ligne de trempe). Les quatre années qui suivent, Yoshindo ne parvient pas à obtenir la technicité et la qualité souhaitées. Il se tourne donc vers la création de sabre dans le style Bizen-Den, une autre des cinq traditions de forge japonaise issu des mêmes périodes du Sōshū-den. Il adopte une marque de trempe en forme ondulée appelée « Chojimidare » (vaque de giroflier).
C’est alors qu’a 28 ans, il découvre dans un vieux livre l’« Utsuri » appelé aussi l’ombre du Hamon, une technique ancestrale utilisée pendant l’ère Kamakura (1185-1333) et l’ère Muromachi (1336-1573) et qui avait été complétement oubliée.
Photo : L’Utsuri
Après un an et de nombreux échecs, il parvient à faire revivre cette technique ancestrale. A l’époque Yoshindo est le seul forgeron à reproduire cet effet.
La même année il participe à un concours et remporte le prix de l’agence culturel national à moins de 30 ans ce qui est exceptionnel ! Il remportera par la suite d’autres concours dont le prestigieux « Takamatsu no Miya », une récompense japonaise décernée chaque année qui est considérée comme le Prix Nobel dans le domaine artistique.
Pour arriver à de tels résultats, Yoshindo prête une attention particulière au Tamahagane. Celui-ci est chauffé à 800 degrés pour pouvoir l’aplatir. Ensuite vient le moment où la température de la forge est monté de 1200 à 1300 degrés. Yoshindo nous explique qu’il utilise le son pour atteindre le point ou le métal libère ses impuretés. En effet celui-ci produit un crépitement reconnaissable. Ensuite, au marteau, il est étiré, plié et réchauffé de nouveau et ceci une dizaine de fois, ce qui aide à éliminer les impuretés et stabiliser le taux de carbone. Ce procédé va durer 10 heures. L’importance de ce procédé est tel qu’il est impossible de faire une pause. Cette phase est réalisée par ses apprentis sous l’oeil vigilant de Yoshindo.
Puis arrive l’intervention de Yoshindo. Après avoir donné sa forme à la lame, vient le moment du « Hamon Tsuke », la réalisation de la ligne de trempe. Pour cela il utilise une pâte appelée « Hiki-tsuchi » mélange d’argile et de poussière de charbon ou de pierre ponce. Yoshindo en enduit le sabre en imaginant le rendu final. Puis afin de prendre en compte la réaction chimique lors de la trempe on y ajoute des lignes d’argile rouge perpendiculaire au fil de la lame.
Photo : Hamon-tsuke


Une fois la lame enduit, arrive le moment de la trempe. Celle-ci se fait dans l’eau après avoir atteint la température idéale. La qualité de la lame est liée à la rapidité de la chute de température. Yoshindo donnera son nom à la lame uniquement si celle-ci est parfaite. Vient ensuite le polissage, aiguisage et la fabrication du fourreau. Le tout prendra en moyenne un an.
Yoshindo veut absolument transmettre son art. Pour cela il n’hésite pas à donner des cours et des séminaires au japon mais également à l’étranger. Il a également participé à l’édition d’ouvrages littéraires dans plusieurs langues. Son but est de faire comprendre qu’il n’y a pas que les antiquités qui ont de la valeur et que les lames d’aujourd’hui respecte les mêmes engagements de qualité.
Pour cela il a également plusieurs apprentis (jusqu’à six) qui resteront plus de dix ans pour apprendre le métier de forgeron. Certains ont attendu plus de deux ans avant de pouvoir obtenir une place et certains ont même essuyé plusieurs refus. Il permet à ses élèves de participer très tôt au travail de la forge, favorisant ainsi le travail par le corps. Sa méthode diffère radicalement des méthodes traditionnelles où les élèves devaient attendre plusieurs années avant de pouvoir participer. Yoshindo n’est pas du genre bavard, il se contente de montrer son travail et de donner des informations mais pendant le travail des apprentis il ne leur donne aucun conseil.
Il est considéré par beaucoup comme le meilleur forgeron de sabres du Japon, qui, encore aujourd'hui, continue de protéger les traditions et les cultures de fabrication des sabres japonais. Actuellement, seuls environ 300 forgerons au Japon restent actifs dans la fabrication de sabres. Cependant, seuls 30 d’entre eux sont capables de faire de la forge leur seul métier.
Yoshindo Yoshihara a été élevé au rang de légende vivante par le gouvernement japonais. Il reçoit des commandes du monde entier allant jusqu’à trois ans d’attente et il est le seul forgeron au monde à exposer ses oeuvres dans les établissements prestigieux du musée de Boston et du Metropolitan Museum of art de New York.
Quand on lui a demandé quelle était la chose la plus importante dans la fabrication de sabres il a répondu : « Ne jamais faire de compromis. Il est facile de faire un compromis. Mais nous sommes fiers de nous et consacrons notre vie à créer des sabres ».
Sa recherche de la perfection dans la pure tradition de ses ancêtres aussi bien sur les techniques que sur les outils utilisés, tout en adoptant une approche moderne sur la transmission de son savoir ont motivé mon choix pour ce sujet. Etant un admirateur des katanas depuis mon plus jeune âge, cette passion a été alimentée par des films comme « les sept samouraïs » de Akira Kurosawa, la série « Shogun » et autres productions, livres ou dessins.
Mon plus grand projet est qu’un jour, je puisse à mon tour forger un sabre japonais. Il me sera bien sûr impossible d’égaler un maître comme Yoshindo Yoshihara, mais je veux y mettre la même passion et le même degré d’exigence, même si l’acier, les outils et les techniques différeront.
